ChatyAntoine

Le narrateur marche sur les pas de l'enfant qu'il fut, cherche à retrouver les « espaces perdus » en évoquant des sensations, des souvenirs lointains, des épisodes d'une histoire individuelle qui coïncide parfois avec l'Histoire. Tout en contant l'apprentissage d'une vie, l'ouvrage restitue la vie rurale dans un petit village de France, au milieu du vingtième siècle, et la vie de paysans transplantés, devenus ouvriers, dans une ville de la région parisienne, avec ses pavillons de banlieue et ses jardins, qui permettent de conserver une certaine ruralité.

REVUE DE PRESSE

• Jean-Paul Giraux, dans la revue Brèves n°79

Les écrivains ont toujours des problèmes à régler avec leur double.

Antoine est celui de Guy Chaty qu’il nous invite à regarder vivre dans ses souvenirs les plus lointains. Il a quel âge, Antoine, pendant l’exode avec sa famille, dans ce village inconnu du Loir et Cher ? Alors, il a peur de tout. De M. Lanin, le fermier, du chien, des cochons et des Allemands avec leurs gâteaux empoisonnés. Est-il héroïque ou gourmand, allez savoir ? Il se risque... D’ailleurs, les Allemands ne sont pas si méchants : la preuve, ils chantent tout le temps. Il faudra attendre quatre ans pour qu’ils déchantent. En attendant, c’est le retour en région parisienne, l’école, les restrictions, les bombardements. L’arrivée des Américains. Enfin !

Tout ce temps pour que la vie se découvre dans le triangle que dessinent pour Anatole l’église, l’école, la maison : on apprend à se servir des patins de la salle à manger, qu’à l’école il faut lever le doigt pour avoir le droit de parler, que les enfants naissent dans le ventre de leur mère, qu’il y a des choses qui font bien plaisir mais qui sont de graves péchés, que dans la hiérarchie des choses désagréables, les piqûres (celles qu’on vous inflige pour votre bien) précèdent la piscine et la gymnastique, que l’autobus est toujours complet qui doit vous amener à l’heure au collège. Bien d’autres choses encore.

Et puis voilà qu’Anatole a grandi. Ce double sympathique que l’auteur a observé avec une indulgence amusée et quelque distance – il dit « il » en parlant de lui – va s’effacer, sans jamais tout à fait disparaître, au profit d’un jeune homme de seize ans dont le « je » affirmé est mûr pour affronter les aléas d’une vie d’adulte : l’amour, la mort, le métier. La chrysalide et le papillon !

Aujourd’hui, Anatole ressurgit dans ce court récit, drôle et nostalgique, où l’Histoire s’inscrit en filigrane, un témoignage en quelque sorte, à travers ce qui reste – dans la réalité et dans les souvenirs – d’une enfance partagée entre trois espaces – les espaces perdus d’Antoine : village des origines familiales, village de l’exode, ville ouvrière de la région parisienne – dont les années ont nécessairement ébréché les contours.

• Bernard Fournier, dans la revue Poésie première, n°37

Raconter son enfance demeure une tentation pour chacun parce que le récit nous dédouble : l’enfant se montre à travers les yeux de l’adulte et c’est cette mise en abyme qui rend l’écriture difficile et patiente. Guy Chaty a acquis quelque notoriété par des nouvelles sur fond d’humour, maniant avec dextérité une langue subtile et ingénieuse. Dans Anatole et son chat (Editinter 1998), il prenait le biais du surréalisme pour débusquer l’être morcelé qui vivait en lui. Entre Anatole et Antoine, l’auteur a su retrouver, par le déplacement des lettres, un personnage mi-réel mi-rêvé qui convient parfaitement au bon usage de la nostalgie. Si l’on y prend garde, Anatole fait aussi référence à Anatole France et son Crime de Sylvestre Bonnard qui semble avoir été un des premiers révélateurs de la littérature pour le jeune garçon. La double entrée dans ces récits se révèle alors triple, incluant le recul nécessaire et obligé de la littérature. Dans ces deux registres, de la nouvelle humoristique et du conte surréaliste, l’auteur se révèle un poète des plus sensibles qui soit. Ces récits en prose témoignent d’une époque par petites touches, petites scènes quasi cinématographiques qui font revivre autant l’époque de la guerre et de l’immédiat après-guerre que l’éveil d’un garçon à l’adolescence. « Pourquoi faire coïncider les espaces cachés des premières consciences avec la réalité physique d’où ils sont sortis, puis avec ce qu’ils sont devenus ? Vaine entreprise ». Guy Chaty manie donc le souvenir avec beaucoup de tact et de recul pour mieux appréhender le réel dans toutes ses dimensions authentiques et oniriques. Ce qui importe, c’est celui qui écrit, au moment où il écrit : « le narrateur, passeur d’espaces », « nés d’un lieu et d’une conscience enfantine […] ils ne seront vraiment perdus qu’avec elle ». « Passeur d’espaces », ainsi se nomme le poète plutôt que passeur de temps : les deux sont bien sûr liés mais l’accent apporté à la géographie nous indique que pour la conscience, la réalité est première, bien avant la conscience du temps.

« J’ai des souvenirs au détour de chaque rue et des morceaux de moi – impossible à exprimer autrement- accroché à des maisons, – il en est plus à dire- à certains endroits surtout. » On retrouve l’atomisation de l’être par laquelle se révéla Anatole et la prudence, la pudeur, de l’auteur qui ne veut ni ne peut tout dire, l’écriture s’en révélant incapable, parce que le temps et l’espace ont changé. L’important dès lors se tient dans cet entre-deux que constituent ces petits récits dans lesquels se développent des espaces particuliers. On suit alors Antoine pendant la guerre, puis dans son enfance mystique d’enfant de chœur, découvrant le plaisir sous bien des formes, les études, les transports de la région parisienne, l’éveil à l’amour, les lieux des grands-parents. Le réalisme se borne simplement à la vision de l’enfant, l’adulte essayant de faire abstraction de qu’il pourrait transformer : la vision est ainsi parcellaire même si elle essaie de dire le tout : le recul de l’écriture suffit à maintenir la distance. Revécus, ces « espaces » nous deviennent communs, tant l’auteur a su les faire « passer ». Ils ne sont donc pas « perdus » pour tout le monde !

• Jacques Morin, dans la revue Décharge n°131

Il y avait déjà "Anatole", personnage quasi lunaire à la Michaux côté poésie, à sa suite on retiendra, Antoine côté récit, Antoine, c'est Guy Chaty enfant : jusqu'à 16 ans précisément, âge où il prend conscience qu'il existe en tant que "je" et le narrateur de changer de personne. Récit donc largement autobiographique, à travers l'occupation, les divers apprentissages de la vie, les épreuves familiales… Je n'ai pas le même âge que Guy Chaty mais je me suis retrouvé dans son expérience de banlieue, il parle des "6 routes" de Bobigny, je répondrais par les "4 routes" de Drancy, un peu plus loin venant de Pantin sur la ligne d'autobus, titre d'un chapitre. Lisière de la ville et vacances au petit village dans l'Est. Les "espaces perdus", ce sont tous les lieux dans lesquels on a vécu, soit qui ont disparu depuis lors, soit qui ont été transformés et de ce fait sont devenus méconnaissables, soit encore qui n'ont pas bougé mais qui ne correspondent plus à la conscience de l'adulte, lequel n'appréhende plus les choses de la même façon et se sent forcément déçu de ne pas les retrouver identiques à son souvenir, ce qui avec le temps se révèle finalement impossible. Ce récit montre bien un autre aspect de Guy Chaty humoriste que nous connaissions jusqu'à présent, fort et riche de son expérience humaine irremplaçable. Le souvenir, bien stocké dans la mémoire, voisine la corbeille bien ventrue de l'oubli.

• Philippe Biget, sur le site apa, Nous avons lu, vu, surfé… octobre 2006

Comment gérer la relation avec l’enfant que nous avons été ? Question lancinante et vieille comme le monde, et je suis conscient du prosaïsme déplacé du verbe gérer que je viens d’employer. Car appréhender ce rapport étrange (entre intime proximité et distance déconcertante) requiert la mobilisation de toutes les facettes de l’esprit humain. Avoir été et ne plus être implique une rupture, douloureuse peut-être, mais salutaire pour qui veut aller au plus loin sur le chemin du devenir.

Pour faire face à ce défi, Guy Chaty a choisi la voie de l’extrême lucidité, de l’observation quasi clinique du phénomène. Afin de mieux y parvenir, il baptise l’enfant Antoine, officialisant d’emblée la dichotomie qu’il revendique, et qui n’exclut pas la tendresse du regard porté sur cet autre.

Le récit alerte nous relate les épisodes les plus initiatiques de la vie d’un enfant découvrant le monde et l’humanité dans la France profonde du milieu du Xxème siècle. Un éveil accéléré par la guerre, bien sûr, et les bouleversements domestiques qu’elle provoque. L’auteur se glisse dans la peau d’Antoine, c’est à dire dans un mode d’observation souvent déconcertant pour un adulte, et tente de ne rien nous cacher des rapports ambivalents entretenus avec la religion, des circonstances parfois scabreuses de la découverte du plaisir, des deuils, du sentiment amoureux, etc. Et puis, un jour :

Le temps a passé. J’ai seize ans. Je me réveille (…) L’enfant Antoine ne me quittera plus, dissimulé de plus en plus derrière ce je en éclosion, mais se dévoilant parfois, surgissant même, lorsqu’il se sentira trop bousculé.

La volonté de repousser au plus loin les limites du souvenir, tout en restant conscient des risques d’erreur que cela implique, pourrait donner au récit un ton trop aride, mais l’émotion n’est jamais totalement refoulée par l’esprit scientifique car Guy Chaty, tout en se présentant comme un simple narrateur, passeur d’espaces, continue de materner Antoine. Si j’ose employer ce mot, c’est qu’il le fait lui-même quand, revisitant un lieu qui fut le théâtre d’un amour de jeunesse, il écrit :

Quand je la vois au loin, aujourd’hui comme hier, elle fait bouger en moi un désir d’amour, comme un enfant remue dans le sein de sa mère.

Un livre attachant qui incitera le lecteur à parcourir différemment les espaces de sa propre enfance.

• PARCOURS

Poèmes

Épuisé

• CONTES CRUELS

Textes courts - 76p. - ISBN 2-910892-50-6 ; 9,91 E

Épuisé

Ces textes illustrent la cruauté ordinaire du monde et des humains. Absurdités, contraintes et injustices de notre société, sont soulignées par la logique folle des mots et des phrases, où l'humour apparaît dans un dérapage du réel.

REVUE DE PRESSE

• Jacques Morin, critique dans la revue Décharge, n° 101, mars 1999

La première partie qui donne le titre à l’ensemble est la plus délectable. Une douce méchanceté, une perfidie suave, un sadisme bien dosé ne font jamais de mal à lire. Guy Chaty allie les trouvailles aux paradoxes, se nourrit de ce que le monde apporte à sa curiosité, mélange rigueur et excentricité, donne enfin cette couleur extrême à ce qu’il pare du nom de conte afin de nous faire croire que ce n’est pas vrai, au fond."

• Lucien Wasselin, critique dans la revue Rétro-Viseur, n°77, 3ème trimestre 1999.

Dans ces contes Guy Chaty porte toujours sur le monde un regard narquois d'autant plus dangereux que l'allure est faussement neutre et prétend parfois à l'objectivité scientifique ou technique. L'Hymne aux chauffards est un modèle du genre. Avec une rigueur intellectuelle imperturbable, Guy Chaty va jusqu'au bout des idées ou des hypothèses les plus folles ; ainsi dans Le Loto sur le revenu où les pouvoirs publics décident de "proposer à chaque contribuable une possibilité de gain par l'impôt sur le revenu". Les conséquences sont impitoyables et Chaty les démonte avec le logique la plus extrême. C'est un monde fou, absurde qui traverse ces contes. Mais le lecteur attentif se rend vite compte qu'il s'agit du nôtre. Invitation à le changer ? Guy Chaty s'arrête avant, juste avant.

• Jacques Simonomis, critique dans la revue Les Hommes sans épaules, n° 16 – 1er sem. 2004.

Cent vingt ans après Villiers de l'Isle-Adam, Guy Chaty titre de même ses observations et réflexions plus lucides que méchantes. Son regard n'est ni réprobateur, ni vindicatif. Il ne donne pas de leçons tout en traitant – avec un malin plaisir, n'en doutons pas – les défauts et les tares de la société dans des textes vengeurs comme : "La chasse à la voiture sauvage", "Surveillance" (ou d'un certain confort à outrance revisité), "Economies" (ou comment mater l'heure d'été), "Les cimetières", à repenser pratiques, "Les chauffards", à bichonner, car ils "sont un stimulant pour le commerce et l'emploi", les "Explo-sitions", sur les expos qu'il faut avoir vues à tout prix sous peine de passer pour un imbécile. Etc. L'être humain, vautré dans l'instinct grégaire des moutons de Panurge, est montré du doigt sans pitié – mais sans férocité, avec même une sorte de compassion désabusée -. L'absurde va crescendo ("Les marches") ou joue d'un habile glissement ("Poisson et poulet") aidé par les mots à sens multiples, le purisme étant "piéocuté " avec désinvolture. Un texte comme "Pauvrethon" (à quoi pensez-vous?) ose parodier le battage médiatique orchestré autour d'une célèbre entreprise philanthropique. "Compartiment" présente un lecteur de joumal empêché défenestré par les Lafcadio de service. Chaque histoire dérape avec humour (noir, la plupart du temps) vers un impossible tout à fait crédible. Ainsi, Guy Chaty nous donne ses idées‹non conventionnelles ! - sur la guerre, la perfection recherchée par phallus interposé, C.Q.F.D. Il se met dans la peau d'un cigare et va jusqu'à demander à Dieu de revoir sa copie. On attend la réponse... J'imagine le rire de l'auteur en trompette oua-oua !

Décidément, rien n'est sacré pour un sapeur ! Manieur de logique apparemment loufoque mais impitoyable, témoin critique de la marche claudicante du monde, discret pourfendeur d'injustices variables, passant dénonçant les travers humains, satirique épingleur d'aberrations, Guy Chaty qui est aussi un excellent diseur nous fait, par ces Contes, penser à Musset écrivant à propos de Molière : "..que lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer "!

Guy Chaty

LES ESPAVES PERDUS D'ANTOINE

Récit

15 EUR

ISBN 2-915228-91-4

104 p. ; 21,5 x 13,5 cm

bannierecopie
Anatole

Guy Chaty

ANATOLE ET SON CHAT

Poésie Bilingue

Traduit du français par et postface Werner Rossade

ISBN 2-915228-48-5

104 p. ; 21,5 x 14 cm ; 13,00 EUR

REVUE DE PRESSE

• Jacques Morin, critique dans la revue Décharge, n°124, décembre 2004

C'est un recueil qui avait fait l'objet d'un n° spécial de la revue IHV en 1998 et que je n'avais pas lu à l'époque, sa réédition chez Editinter agrémentée d'une traduction en allemand par Werner Rossade me donne l'occasion de rattraper la chose. Anatole est un parent du Plume de Michaux, personnage léger, malléable et fantasque. Il lui arrive toutes sortes d'aventures invraisemblables et loufoques. Il a à la fois un chat dans la gorge pour de vrai et un vrai chat planté dans un manche qui fait office de balai. A l'intérieur, son corps est vacant, creux, ou bien cassant, cassable, il n'est pas rare qu'il se brise quelque chose, tout ou partie, qu'il se disloque, perdant deux dents qui flottent dans l'air, une main qui s'envole, oiseau migrateur, un estomac vomi, comme une poche amovible, voire une tête, pour dialoguer. Dehors, tout ce qu'il fait s'apparente peu ou prou à la démarche scientifique, on est toujours dans l'expérience ou l'expérimentation, lesquelles n'ont pas souvent de sens ou bien si l'on peut en découvrir un, ce sera la conclusion qui se révèlera absurde. On ne peut être que charmé par ce personnage attachant qui vit dans un monde imaginaire entre humour et fantaisie. Anatole possède aussi un chien dominateur.

• Philippe Biget, critique dans la revue Friches printemps 2005

Qui est Anatole ? une créature complexe que l’auteur donne l’impression de manipuler à sa guise (mais n’est-ce pas réciproque ?), un peu à la manière d’un clown dissimulant l’émotion ou la perplexité sous le burlesque. Une sorte de Monsieur Plume, et la référence à Henri Michaux vient souvent à l’esprit même si Guy Chaty a su donner à son livre une touche très personnelle conférée par un mélange de situations incongrues, aberrantes, parfois cruelles et d’une tendresse enfouie, comme tapie à l’écart ou plutôt à l’intérieur, et dont la vigilance semble surprendre l’intéressé.

Et le chat, direz-vous ? Il n’apparaît qu’à deux reprises au long de ces trente-sept proses poétiques et ironiques. Animal discret et souple mais ô combien symptomatique de l’ambivalence d’Anatole et de l’interaction entre lui et son autre moi. C’est ainsi qu’Anatole s’aperçoit de l’existence d’un chat enfermé dans sa propre tête : miaulements, gratouilles, vibrations, que faire ? Anatole va dans la cuisine, doucement pour ne pas fâcher la bête. Il boit du lait dans un bol blanc : aussitôt, le chat se calme.

Nous sommes loin d’un humour au premier degré, et cela se confirme de texte en texte, sans lassitude aucune au point qu’une relecture fera percevoir de nouvelles nuances. Parmi les nombreux thèmes abordés, j’ai été surpris de découvrir l’humilité dans le rapport à son propre corps, curieux mélange de stoïcisme et de sagesse orientale.

• Jacques Lucchesi, revue Alexandre, septembre 1998.

[Ce] personnage idéalement naïf s'inscrit dans une tradition séculaire et pluri-culturelle. En 37 courtes proses poétiques, Chaty a signé un recueil que l'on ne risque pas d'abandonner en cours de lecture, tellement son humour et sa tendresse nous entraînent sans effort de page en page. Si Anatole est un peu idiot, c'est pour mieux nous chuchoter que le monde n'est pas aussi simple que notre mesquine façon de l'utiliser; que nous aurions intérêt à nous arrêter davantage devant tout ce que nous croyons connaître.

• Alain Hélissen, revue Sapriphage, N°34, Automne 1998.

Les aventures d'Anatole sont sans doute trop incroyables pour être vraies mais leur lecture nous laisse comme au sortir de cauchemars, dans cet état intermédiaire entre la réalité extérieure et les dernières agitations de fantasmes venus on ne sait d'où. Anatole et son chat ne font rien pour percer le mystère. Un mystère qui ressemble quelque peu à celui de la création littéraire.

• Gil Refloch, revue Quimper en poésie, N°24, octobre 1998.

En 37 tableaux en prose dont certains sont de véritables petits joyaux d'écriture, Guy Chaty, par petites touches impressionnistes, brosse pour notre seul plaisir l'âpre apprentissage de la vie d'Anatole en société. Regard insolite, exigeant du lecteur qu'il se positionne à plusieurs degrés différents de lecture.

DESMOTS

Guy Chaty

DES MOTS POUR LE RIRE

Poésie + Humour

Avant-propos de Jean L'Anselme

ISBN 978-2-35328-038-4

104 p. ; 21 x 15 cm ; 15,00 EUR

Associations, rebondissements, jeux sur les sons, les images, le sens et la structure des mots. Tous les moyens sont bons pour presser la langue, afin d'en exprimer le jus de la vie dans un plaisir communicatif.

REVUE DE PRESSE

• Jacques Morin, critique dans la revue Décharge, n°107, septembre 2000.

Après une intro fort à propos de Jean l'Anselme, Guy Chaty que nous aimons particulièrement à Décharge donne à lire plusieurs facettes de son écriture basée sur l'humour sous toutes ses formes. Pour se mettre en couleur, elle fonçait le sourcil. Jeux de mots, d'esprit, paranomases, allitérations, on joue autant sur les sons que sur les sens. Boppy Lapointe n'est pas loin. J'avoue que ce n'est pas le côté de Guy Chaty que je préfère, c'est plaisant mais un peu gratuit. J'aime mieux quand il y a sens fort au-delà de l'amusement, ou en deçà, une sorte de gravité qui équilibre l'humour, comme deux pendants indispensables l'un à l'autre. Sinon ça tourne à vide, on joue sur les mots en vain. Seule la première partie échappe un peu à ce travers et en particulier le superbe texte « Excusez-moi d'être vieux » , modèle de ce que j'aime chez Chaty.

• Jacques Fournier, critique dans la revue décol'27, hiver 2000.

Poèmes longs, histoires brèves et aphorismes alternent avec bonheur dans ce recueil intelligemment préfacé par un maître du rire qui en quatre pages réussit un magistral survol de l'histoire du rire. Les textes de Guy Chaty (que certains ont déjà rencontrés dans décol') ne sont pas à prendre au sérieux. Le plaisir est dans leur lecture à voix haute pour en rendre toute la saveur, basée sur un bon mélange de jeux de mots et de jeux de sons. Un petit pour la route ?

Il pensait avoir un calcul dans les reins

Mais ce n'était qu'un calcul mental

• Emmanuel Hiriart, critique dans la revue Incertain Regard, n°12, octobre 2001.

Faites l'expérience. Laissez traîner le livre sur la table du salon. Réunion familiale, rencontre amicale : pour combler un instant de silence, se donner une contenance, un curieux s'en empare. Regarde la couverture, le sourcil déjà résigné, soupire : poésie. Tourne quand même les pages, lit quelques lignes pour ne pas avoir l'air bête. Sortez un instant, trouvez un prétexte pour que la conversation flotte un peu : allez chercher l'apéritif, surveiller la cuisine, nourrir le chien...A votre retour le livre circulera de main en main, plusieurs s'en diront des passages, provoquant une franche hilarité, là un attendrissement ému.

C'est que Guy Chaty n'est pas un poète ordinaire

"C'est un écorché vif / ce gars qui n'a jamais eu de peau, / d'une sensibilité inouïe / dès qu'un mot l'effleure / aïe ça lui fait mal "

d'où peut-être son mariage :

"con-cédé, con-venu, con-sommé" puis son divorce "con-damné, con-passé, con-posé". Et comment s'en con-solerait-il ?

(naturellement, j'ignore si ce scénario a quelque chose à voir avec la biographie de Guy Chaty ! )

Poèmes longs qui sont sans en avoir l'air de beaux exercices de virtuosité, brèves, calembours parfois exécrables et donc délectables, contes brefs : qu'il s'agisse de maths ou d'amour, d'érotisme ou de téléphone, l'auteur garde le verbe agile. En effet le texte humoristique déplace le regard du lecteur sur le mot, le conduit à faire des con-nexions étrangères au langage quotidien et pourtant joue sur la co-naissance (aurait dit Claudel) charnelle qu'il a de sa langue maternelle. Les poèmes de Chaty sont souvent presque intraduisibles : c'est dire qu'ils touchent au coeur de la langue. Une lecture con-tagieuse.

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