

André R. Labidoire
LA LANGOUSTE AVAIT TROIS ANTENNES
Fables et Soties d'aujourd'hui
ISBN 978-2-35328-081-0 ; 2012
20 EUR

Résolument à l’écart de l’actuelle vulgarité de la plupart des amuseurs médiatiques, André R. LABIDOIRE, donne ici sa lecture humoristique, toujours distanciée, d’une actualité foisonnante, répétitive, dramatique ou anodine. Courrier d’un ex-général nazi milliardaire réfugié en Colombie, méditation d’une boîte en aluminium égarée dans les déchets ménagers, lettre ouverte d’un cousin éloigné au Président de la République islamique d’Iran, réflexions d’un dromadaire égyptien sur la démocratie, conférence des amis du Couac 40…
Autant de lettres, fables et soties où l’humour et la satire fusionnent avec la philosophie et dont il se dégage une moralité implicite : l’homme d’aujourd’hui est responsable de lui-même et du destin de l’humanité entière. Mais il l’ignore encore.
André R. LABIDOIRE a fait une carrière de consultant dans les domaines de la communication sociale et politique, domaines qu’il a abordés avec les qualités qui le caractérisent : sérieux et humour. « La langouste avait trois antennes », retrouve la verve et le regard des fabulistes et auteurs de soties des siècles passés, autant de plats du jour accommodés avec gourmandise à la sauce XXIe siècle.

André Labidoire
EREVAN-PARIS IXe
Roman témoignage
ISBN 978-2-35328-033-9 ; 2009
17,90 EUR

Pierre Danzac a six ans à la fin de la seconde guerre mondiale. Il vit chez sa grand-mère paternelle Marie-Jeanne qui occupe un petit logement rue Condorcet à Paris. Elle vit avec Ratch Fetvadjian, un Arménien rescapé du génocide de 1915. Aventurier talentueux, conteur passionnant, joueur incorrigible, issu d’une famille arménienne de grands propriétaires, il est désormais ruiné.
Devant un atlas toujours ouvert, le vieil homme raconte à l’enfant le génocide, puis sa fuite d’Arménie qui le mènera en pleine Révolution russe jusqu’à Vladivostok par le fameux Transsibérien, puis au Japon, à San Francisco, New York et enfin, à Paris.
Aux éclairages intimes de la vie quotidienne de l’après-guerre se succèdent des personnages qui nourrissent l’imaginaire de l’enfant et introduisent une réalité historique et politique qui aujourd’hui encore résonne avec force dans notre actualité.
EREVAN-PARIS IXe est un roman témoignage inspiré par cette première moitié du vingtième siècle au cours duquel des millions d’hommes sont morts en raison de leur religion, de leur race ou de leurs idées. Pour l’Arménie, les auteurs du génocide sont désignés par l’histoire. Le monde attend désormais leur repentance.
André Ratch LABIDOIRE a conduit une carrière de consultant dans les domaines de la communication sociale et politique. Il a effectué de nombreuses missions d’études à l’étranger et a été le témoin aux plus hauts niveaux d’évènements historiques qui ont marqué la fin du vingtième siècle. Erevan-Paris IXe associe à ses souvenirs d’enfance, l’histoire et le témoignage de son parrain, rescapé du génocide arménien de 1915.
Ratch Fetvadjian, mon parrain arménien
Pierre Lazareff, le grand journaliste, demanda un jour à Blaise Cendrars, le grand poète, s’il avait réellement voyagé dans le Transsibérien. Cendras lui répondit que l’important était qu’il nous l’avait fait prendre à tous.
L’histoire que vous allez lire est vraie. Aussi vraie que peut l’être une longue aventure née d’un exode et racontée par épisodes à un enfant de dix ans.
Ratch Fetvadjian, mon parrain arménien appartenait à la famille du grand peintre Arshag Fetvadjian mort à Boston en 1947. Mais ils ne se sont jamais rencontrés.
Mon parrain m’a raconté l’histoire de ce siècle telle qu’il l’avait intimement vécue et qui commença pour lui par le génocide arménien de 1915 à Trébizonde. Hélas, ce n’était pas le premier massacre perpétré contre son peuple. Après avoir échappé miraculeusement au massacre, il fut contraint par la Révolution russe de fuir vers l’est, ce qu’il a pu faire grâce à un Transsibérien bénéficiant de l’ex-territorialité convoyant des diplomates étrangers et quelques personnalités qui fuyaient Moscou et la révolution. Son obsession était de gagner la France, ce pays de la liberté et des droits de l’homme. Dans ce périple, il était accompagné par son frère aîné, Tigrane.
C’est en l’écoutant et en regardant l’atlas souvent ouvert que j’appris la géographie et l’histoire politique de cette région. J’étais d’autant plus captivé par le récit de mon parrain que j’avais été bercé, si l’on peut dire, par la guerre, les bombardements, l’absence de mon père qui pendant cinq ans avait été prisonnier des nazis. Mon enfance fut aussi éclairée par le courage de ma mère, la tendresse de mon parrain et le dévouement de mes instituteurs.
Ratch Fetvadjian m’a confié son histoire en unique héritage. Je me devais de le transmettre. Qu’il soit remercié ici, au pied du mont Ararat et devant le Mémorial du génocide arménien.
Erevan mai 2007
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Critique parue dans Poésie/première N°44
Un très beau poème de Monique Labidoire ouvre ce roman-témoignage : le relire à la fin.
Le narrateur mêle deux récits : celui qu’il rapporte du compagnon de sa grand-mère maternelle, Ratch Fetvadjian rescapé du génocide de 1915, et celui de ses impressions d’enfant – Pierre a six ans à la fin de la deuxième guerre mondiale – fasciné par le premier récit. Il y a de quoi. Grâce à l’auteur, nous le sommes aussi.
Ratch Fetvadjian, né en 1889 dans une famille de propriétaires terriens d’Erevan, joueur incorrigible, aventurier, raconte à l’enfant, son filleul, le génocide puis, atlas ouvert, sa fuite d’Arménie qui le mènera en France en 1920 en passant par la Russie, en pleine révolution, au Japon, et en Amérique – cette fuite, une véritable épopée.
« Pierre n’avait pas besoin de l’interrompre pour demander pourquoi les Turcs n’aimaient pas les Arméniens, car Mario affirmait toujours que c’était une haine mortelle entre eux » Mario était un autre auditeur ; réfugié espagnol, il « se souvenait de sa fuite d’Espagne et comment… les gendarmes français… les avaient mis dans des camps ». Autour de ce que l’Arménien lui apprend, Pierre complète ainsi ses connaissances historiques. Le 26 rue Condorcet où il habitait « avait aussi une histoire tragique… ». Des voisins disparaissent lors de la rafle du Vel d’hiv du 17 juillet 1942. Pierre était d’autant plus sensible au récit de son parrain qu’il « se souvenait vaguement des bombardements de la gare de la Chapelle » et que son père avait été pendant cinq ans prisonnier en Allemagne.
On apprend nous-mêmes des faits mal connus : « Je n’avais que cinq ans en 1894, quand les massacres ont commencé en Turquie » dit le parrain. Et encore : « Les premiers massacres furent commis au moment de la guerre entre la Turquie et la Russie, Empire Ottoman contre Empire Russe, ce n’est pas rien ! 1877, 1878. Imagine, mes parents et moi-même, nous étions Russes, mes oncles, mes tantes, mes cousins, Turcs ! Pour ainsi dire nous étions ennemis d’État ! »
Quelle Histoire !
Ce livre ne présente pas seulement l’intérêt d’un témoignage historique. C’est une tentative de plus d’un adulte essayant de se remettre à la place de l’enfant qu’il fut, à partir de ses souvenirs. Toujours délicate, ici réussie. Par exemple, le petit Pierre « ne comprenait pas bien la Révolution Rouge… comment un seul homme, ce Lénine, avait pu à lui seul renverser le Tsar. Il y avait sans doute une explication. Il retenait surtout que ces Allemands étaient de terribles guerriers. Il n’allait pas rigoler tous les jours en apprenant leur langue au lycée. »
Pierre entre en sixième au lycée Chaptal en 1950 ; son parrain meurt en 1955.
Il lui a laissé de fortes réflexions comme celle-ci. Il avait admiré « L’énergie et le dévouement de tout l’équipage » lors du voyage en cargo vers San Francisco. « Le collectif, l’équipe, primaient devant l’individu. Cette découverte me secoua, car c’était aussi les valeurs développées par Grégori et ses amis bolcheviks sauf que rien n’était encore en place dans l’ancienne Russie et que si Tigrane [son frère] avait raison, la corruption, l’avidité seraient pour longtemps encore les vrais ressorts de l’humanité ».
Guy Chaty.